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La gestion de l’offre est un pilier des politiques agricoles canadiennes depuis le début des années 1970. Les systèmes de gestion de l’offre ont essentiellement disparu ailleurs dans le monde, mais restent solides au Canada. Le pays dispose de systèmes de gestion de l’offre pour les œufs de consommation, la dinde, le poulet, les œufs d’incubation de poulets de chair et le lait.

La motivation pour écrire au sujet de l’économie de la gestion de l’offre est née de discussions avec plusieurs personnes, notamment des producteurs. Il m’est apparu claire qu’ils ne comprenaient pas l’économie de la gestion de l’offre, bien qu’ils en maîtrisent très bien les détails administratifs. L’objectif de cette série de billets est de combler cette lacune.

Je vise à offrir une description impartiale de l’économie de la gestion de l’offre. Je suis certain que certains ne le verront pas ainsi, car je discuterai des gagnant et des perdant de ce système. Je souhaite écouter et répondre aux critiques. Si vous trouvez des inexactitudes dans mes écrits, faites‑le‑moi savoir et j’apporterai les corrections. Merci d’appuyer vos commentaires sur des faits vérifiables. J’entends faire de cette série de billets des documents évolutifs que je modifierai selon les commentaires et auxquels j’ajouterai l’information qui aurait pu manquer dans une version antérieure. J’ajouterai une note au bas d’un billet pour indiquer les corrections apportées.

L’accent sera surtout mis sur la gestion de l’offre dans le lait, car c’est le secteur le plus discuté, et celui que je connais le mieux. Certains détails administratifs diffèrent entre les secteurs, mais beaucoup de ce que je discuterai s’applique à tous les système de gestion de l’offre. Je ne traiterai pas de l’historique de la gestion de l’offre. Cet article propose une bien meilleure histoire de la gestion de l’offre laitière que ce que je pourrais écrire.

J’écrirai ces billets au niveau d’un cours collégial d’introduction aux marchés agricoles. J’utiliserai des concepts économiques de base, mais prendrai le temps de les expliquer.

Je ne sais pas combien de billets je rédigerai sur ce sujet. Je m’attends à souvent mentionner que j’expliquerai certaines choses dans un billet ultérieur. Lorsque je cesserai de le faire, j’imagine que cela signifiera que j’en aurai écrit suffisamment. Je n’ai pas établi de cédule pour la publication de ces billets. Ce sera selon le temps que j’aurai de disponible pour les écrire.

Ce billet porte sur le premier des trois piliers de la gestion de l’offre : le contrôle de la production. Les deux autres sont les mécanismes de prix et le contrôle des importations. Nous reviendrons à ces deux piliers dans les prochains billets.

La discussion sur les quotas de production explique de manière générale leurs conséquences économiques. Le but, pour l’instant, est d’exposer les fondements économiques d’un quota avant d’entrer dans des aspects plus spécifiques dans d’autres billets.

J’utiliserai le modèle compétitif, qui suppose qu’il y a de nombreux acheteurs et vendeurs sans pouvoir de marché. C’est le modèle standard en économie. Dans les faits, il y a beaucoup moins d’usines de transformation que de fermes, et il serait raisonnable de supposer que les acheteurs de lait ont un pouvoir de marché. Nous reviendrons là‑dessus. J’abstrais également de la chaîne d’approvisionnement complète et, pour simplifier, j’assume que les fermes vendent directement aux consommateurs.

L’équilibre compétitif sera la référence pour évaluer les effets économiques du contrôle de la production. Il s’agit d’une situation où de nombreux acheteurs et vendeurs interagissent, sans inefficience de marché ni intervention extérieure.

La figure 1 montre les courbes d’offre et de demande. L’offre dérive du coût de production : elle a une pente positive, car il devient plus coûteux de produire de plus grands volumes. La demande représente la disposition des consommateurs à payer pour un produit : elle a une pente négative, car la consommation augmente lorsque le prix diminue. L’intersection des deux détermine l’équilibre de marché, défini par le prix \(p^\star\) et la quantité \(q^\star\).

La zone en jaune est le surplus du consommateur (SC). Il représente le bénéfice tiré par les consommateurs de l’achat d’une quantité \(q^\star\) à un prix \(p^\star\). La zone en violet est l’surplus du producteur (SP), soit le bénéfice tiré par les producteurs de la vente de \(q^\star\) à un prix \(p^\star\). Il ne s’agit pas du profit. La somme de l’sC et de l’sP est le surplus total (ST), c’est‑à‑dire le bénéfice total pour la société d’une quantité \(q^\star\) à un prix \(p^\star\).

Référence – équilibre compétitif

Figure 1: Référence – équilibre compétitif

Un système de quotas de production met une limite sur la production. Cela entraîne plusieurs conséquences économiques. La figure 2 illustre l’effet d’un quota de production \(\bar{q}\). Pour être efficace, le quota doit être inférieur à la quantité \(q^\star\) de l’équilibre compétitif. Autrement, si \(\bar{q} > q^\star\), les producteurs produiraient \(q^\star\), rendant le quota inutile. Le prix d’équilibre avec le quota est \(\bar{p}\), déterminé sur la courbe de demande par le quota \(\bar{q}\). Le coût marginal est \(c\), inférieur à \(\bar{p}\).

 L’économie d’un quota de production

Figure 2: L’économie d’un quota de production

Comparativement à l’équilibre compétitif, le quota entraîne un transfert des consommateurs vers les producteurs. Les consommateurs sont perdants, car ils consomment moins à un prix plus élevé. La figure 2 montre le surplus du consommateur en orange : il est plus petit que dans la figure 1, en raison de la perte du triangle pointillé et du rectangle violet hachuré.

Le surplus du producteur apparaît en deux tons de violet. Par rapport à la figure 1, le quota augmente le surplus du producteur. Les producteurs gagnent le rectangle violet hachuré, mais perdent le triangle hachuré. Le gain net est positif, car la surface du rectangle est supérieure à celle du triangle.

Le surplus total avec le quota de production est plus faible de la somme du triangle pointillé et du triangle hachuré. C’est la perte sèche du quota, signifiant une perte de bien‑être pour la société.

La figure 2 montre deux rectangles violet foncé : ils représentent la rente du quota. Une rente économique est un revenu supplémentaire de la vente d’un produit à un prix au‑delà du coût de production. Ici, le quota permet aux producteurs de recevoir une rente, puisqu’ils vendent à \(\bar{p}\) un produit qui coûte \(c\) à produire à la marge. La valeur totale de la rente est \(\bar{p} - c)\bar{q}\). La rente se capitalise dans le prix du quota, sujet d’un autre billet.

La taille de la rente économique pour les producteurs dépend du quota de production. Si \(\bar{q}\) est près de \(q^\star\), alors l’incidence du quota est faible. Le surplus du producteur et la rente augmentent à mesure que \(\bar{q}\) diminue, jusqu’à un point où ils atteignent un maximum. Cela signifie qu’il existe un quota optimal qui maximise le surplus du producteur et la rente. Je ne sais pas si les quotas de production au Canada sont fixés près de leurs valeurs optimales qui maximisent le revenu des producteurs. Nous verrons dans un autre billet que les prix des quotas sont élevés, ce qui nous indique que \(\bar{q}\) n’est vraisemblablement pas près de \(q^\star\).

Le modèle simple montre le motif le plus évident des quota de production : augmenter le revenu des producteurs. Il existe toutefois d’autres motifs que je discuterai brièvement. Le modèle simple ne montre pas que l’offre et la demande sont, en pratique, stochastiques, c’est‑à‑dire qu’elles varient en réponse à des chocs. À court terme, la demande et l’offre sont inélastiques, car elles ne peuvent pas être facilement ajustées. Par conséquent, un choc sur la demande ou l’offre peut entraîner des surplus et la nécessité d’en disposer. Les quotas de production peuvent contribuer à réduire la fréquence des surplus de production. Un autre motif relié à la stochasticité de la demande et de l’offre est la stabilisation des revenus. Les quotas de production, combinés au contrôle des prix, contribuent à des revenus plus stables et prévisibles pour les producteurs. Enfin, il existe la question du pouvoir de marché des acheteurs. Les quotas de production constituent une forme de mise en marché collective qui donne aux producteurs un pouvoir de marché. Je reviendrai sur ces motifs dans d’autres billets.

Dans le prochain billet, nous aborderons le contrôle des prix (mécanisme de tarification), le deuxième pilier de la gestion de l’offre. Nous verrons les conséquences économiques d’un prix différent de \(\bar{p}\) (figure 2) et les raisons de combiner le contrôle des prix au contrôle de la production.